Étape 7 - Estella - Torres Del Rio 28 km

Estella. Je me lève à 6h - Je prend le petit déjeuner (confiture, margarine, biscotte, café, le tout à volonté et pour 1,50 euros). Me voilà sur le chemin il est 6h30. Comme Estella est une bourgade assez grande et que l'auberge se trouve à l'entrée, il faut un certain temps pour gagner la sortie. Ha ! voilà un super marché ! un vrai, un immense, avec des caddies et tout et tout…comme en France !….il était donc là ! à cet heure, inutile de dire que c'est fermé…je marche quand même depuis 20mn, même si je l'avais su, je ne serais quand même pas venu là hier…. Nous sommes (encore..) pas mal à nous suivre ce matin.

Sortie d'Estella Camino Frances
Sortie de Estella - Camino Frances

On atteint très vite Irache et son incroyable fontaine à vin ! Il est à peu près 7h30, je ne vais quand même pas picoler à cette heure là ! Pour le principe, j'en goûte une petite gorgée..Irache....ça arrache…!!

Je dis bonjour au monde entier. ( il y a une webcam, visible depuis ici Webcam Irache ou voir le site www.Irache.com)

Monastre d'Irache -  Camino Frances
Monastre d'Irache - Camino Frances

Le temps est magnifique, les kilomètres défilent assez facilement. Sur la colline, je contemple le château de San Esteban (ou plutôt ses ruines) d'origine romaine. En préparant mon pèlerinage, j'avais prévu d'aller y jeter un oeil..mais c'était sans compter que désormais, 500 mètres, c'est 500 mètres....je ne le verrai donc que de loin....

 château de San Esteban -  Camino Frances
Château de San Esteban - Camino Frances

J'atteins la source des maures d'origine médiévale (mais la truite censée témoigner de la pureté de l'eau est introuvable…).

source des maures - Camino Frances
source des maures - villamayor

Il est environ 9 h sans trop savoir pourquoi (Thibaut aurait-il fait avancer l'épingle ?)*, je règle les sangles de mon sac à dos pour la marche rapide (un max sur les épaules) et je met le turbo. Il commence à faire chaud mais une petite brise viens rafraîchir l'atmosphère. Le paysage est tantôt semblable à celui de la Beauce (France),tantôt à l'Espagne du sud (champs d'oliviers). Je croise Paul et Marie Annick qui font une petite sieste sous des pins.C'est pas l'envie qui m'en manque, mais j'ai peur qu'après il soit difficile de marcher sous la chaleur qui ne va pas manquer d'arriver. Je pense au chanteur d'hier. Après avoir regardé tout de même derrière moi pour vérifier que je suis seul, je m'essaye à l'improvisation . Je mélange un peu toutes les langues avec des mots dont la suite ne veut rien dire. Seule compte la mélodie, elle aussi improvisée. Cela tourne vite à des onomatopées, puis je finis par m'apercevoir que ça ressemble de plus en plus à un chant indien (ceux d'Amérique). Peut-être suis-je possédé par le champ des énergies dont parlait l'Australienne hier à Puente la Reina…Cela prendra fin quand je croiserai deux cyclistes arrêtés au bord de la route…L'esprit m'a libéré, je suis redevenu moi-même…

Il n'est que 11h40 quand j'arrive à Los Arcos. J'ai cartonné. Je suis fier de moi. Il faut dire qu'aujourd'hui, j'étais sur "mon" terrain, celui sur lequel je m'entraîne depuis 2 ans, du plat ! Je décide qu'au lieu des 21 km prévus, je vais en faire 28. (la prochaine auberge est à 7 km de Los Arcos). A l'entrée du village, je m'arrête dans une épicerie car je ne sais pas si j'en trouverai une à Torres del Rio. La vendeuse est perchée sur un escabeau. Elle est en train d'aligner soigneusement de gros gâteaux secs genre Cookies sur une étagère. Elle me demande de patienter. Quelques secondes plus tard, elle a fini, je commande alors deux platanos. Elle a tout de suite vu, à mon accent, que j'étais Français. Elle se tourne vers moi et me tend un énorme cookie avec des amandes en me disant (en Français) : " …tenez, goûtez…il est cassé..(en voulant dire que de toute façon elle ne pourrait pas le vendre). Hum! Mucho gusto ! si hein ! répond -elle. Je vois que vous parlez un peu Français ? Si.....oun tout poti po…

Sur le comptoir sont placées des pâtisseries, dont l'une attire mon attention. Ça ressemble à un énorme pain au chocolat (en moins doré). Je lui demande ce qu'il y a dedans. Je ne comprend pas toute la réponse, si ce n'est "crèma". Je ne peux résister (il sera excellent !). Vraiment sympa cette commerçante. En passant devant l'église je vois une boutique mi-mercerie, mi-droguerie. A l'extérieur sont exposés des pantalons. Cela fait plusieurs jours que je suis à la recherche d'un pantalon / short pour remplacer celui de pluie que je ne supporte plus avec la chaleur qu'il fait. Je finis par en trouver un, genre "corsaire", en fibres synthétique, avec des poches partout. Le problème c'est qu'il n'y a pas d'étiquettes..J'entre pour demander. 8 euros. J'achète sur le champ !.

Après une dernière pose déjeuner au pied de l'église (il est 12h), j'attaque le deuxième tronçon, il reste 8km jusqu'à Torres. Il fait très chaud. (il a fait 35° me dira la patronne de l'auberge. Mais 35 à l'ombre... ). Le soir , je m'apercevrai que le chocolat que j'avais mis dans un petit tupperware s'est très bien comporté. Il faut dire que la boite en plastique est elle-même enfermée dans la petite cantine, ce qui la protège de la chaleur. Avec les champs de blé, j'ai vraiment l'impression d'être en Beauce. Je croise un Français. Un jeune pèlerin nous a dépassé il y a quelques minutes. Il me dit qu'il va jusqu'à Viana. C'est à dire qu'aujourd'hui, il aura fait 40 km !!!.Et son sac à dos , vu son allure, est au moins aussi lourd que le mien.. ça, c'est juste parce que j'étais très fier de mes 29 km…Merci St Jacques, j'ai compris… (cela dit, quelques jours plus tard , je reverrai ce jeune homme, il a quelques ennuis du style tendinite..et finalement on est au même point...).

J'aperçois un village au loin, c'est SANSOL. (tu parles d'un nom… c'est Avec Sol oui !) Interminables les derniers kilomètres sous la chaleur. Certes, je me suis arrêté de temps à autre à l'ombre, mais cela fait maintenant presque 2h que je suis parti. Normalement, pour 8km, j'aurais dû arriver depuis½ heure.. (ça c'est que je croyais..en fait, je me suis aperçu bien plus tard, que ma vitesse moyenne tout au long du chemin a été d'environ 4km /heure...donc rien d'anormal que je ne sois pas arrivé en 1h30).

Torres Del Rio
Torres Del Rio

Je traverse donc le village d' AVEC SOL, descente, puis à nouveau des maisons. Ce village est interminable...Mais non !! C'est Torres !!. En fait les deux villages se touchent presque. Le "calvaire" prend fin. Je m'arrête à la première auberge. Rituel. Douche et compagnie...A cette heure, en principe, les églises sont fermées. L'une d'entre elle est tout de même ouverte, celle du St sépulcre. On ne peut cependant pas y entrer car un groupe de "chrétiens" français semble avoir pris possession des lieux et empêche les autres personnes de rentrer. Dehors, un deuxième groupe, les frères de St Jean, s'impatiente. Certains frères (ou prêtres sont en soutanes). Ils font le pèlerinage jusqu'à St Jacques (en bus ). Bon, c'est normal, il y a là beaucoup de personnes âgées. Le ton monte, et le mécontentement aussi. De quel droit ne peut-on pas entrer ? Je vous passe les détails, mais j'ai bien cru à moment donner qu'ils allaient se taper dessus (notamment sous les invectives d'un "vieux" monsieur très bien conservé, un bon chrétien, certainement ...)

Eglise de Torres Del Rio
Eglise de Torres Del Rio

L'auberge de Torres dans laquelle je me suis arrêté n'a pas de cuisine (ni l'autre non plus d'après ce que l'on m'a dit). Il faut dire qu'à 3mètres il y a un petit restaurant. D'ici à ce qu'il y ait des arrangements…Pour moi, ça sera donc : pain, VacaQué Rie, banane, un bout de chocolat , le tout arrosé avec un peu de la piquette d'Irache que j'avais mis dans ma gourde ce matin. Je n'en boirai d'ailleurs que la moitié du verre. La nuit se passera plutôt bien, même si je me réveille régulièrement, 3h...,5h... Finalement je me lève à 6h. Après une gorgée de lait concentré, je quitte le refuge à 6h30.

* J'ai fait un deal avec mon fils Thibaut âgé de 10 ans. Dans l'entrée de notre maison, j'ai affiché la carte du chemin avec le planning prévisionnel des étapes. Chaque jour, il est chargé de faire progresser vers la prochaine étape une épingle rouge, censée me représenter. Comme dans StarsWar , il me transmettra sa force et m'aidera ainsi à avancer... de plus, grâce à l'épingle, toute la famille peut voir ma progression.

 

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Vidéo la marche aux étoiles

Avec l'aimable autorisation de Yvon Boëlle.

Présentation de l'exposition "Compostelle, la marche aux étoiles" réalisée par l'Académie de Musique et d'Arts Sacrés de Sainte-Anne d'Auray et le photographe Yvon Boëlle sur ses 15 années de reportage sur les chemins de Compostelle de France et d'Espagne.