Récits Compostelle - Etape 2 - Huntto - Burguette - 26 km.

Le vent s'est levé cette nuit sur Huntto - Très violentes bourrasques - Comme il faisait très beau hier je n'ai pas arrimé la tente - Elle ne risque pas de s'envoler puisque je suis dedans, mais je suis inquiet pour les arceaux en alu.
Une bourrasque pourrait les tordre. De temps à autre, je les maintiens par le trou central de la cheminée. Je n'ai donc pas beaucoup dormi…d'autant plus que malgré les boules Quiès, j'ai entendu un chien aboyer au loin tout la nuit ou presque…

Je me lève à 6h et pli la tente dôme. Petite toilette dans le refuge, et petit déjeuner à 6h45 au gîte. A peine levée, l'aubergiste fait déjà la gueule…à mon avis elle a un sacré pied gauche ! Bon , le petit déjeuner est copieux, confiture de figues à volonté , idem pour le pain et le café…et sa mauvaise humeur m'amuse toujours autant. D'ailleurs j'ai presque choisi ce gîte uniquement pour vérifier par moi-même ce que l'on disait ici et là sur Internet, et je ne suis pas déçu.

Quelques années après 2005, le gîte a changé de propriétaire et possède une page internet sur Gîtes de France.

Un peu plus haut (peut-être 4km), il y a un autre gîte sur le bord de la route… si vous en avez le courage...le refuge d'Orisson. il faudra comparer les prix et les prestations par vous-même...

Je ne m'attarde pas malgré l'ambiance sympathique qui règne grâce aux pèlerins présents (dont Nicole, une Suisse, que je croiserai souvent sur le chemin) , je lève le camp à 7h. La dure "grimpette" commence.

Aujourd'hui, le col le plus haut (Lepoeder) est à 1430 m, et Huntto est à 490 m. Mais plus on monte et plus le vent souffle…Comme un fait exprès il est de face ou de côté mais pas derrière. De loin, je dois ressembler à un ivrogne qui titube à droite et à gauche, et le poids du sac n'arrange rien. Par précaution, je m'éloigne du précipice.

Il devient très difficile d'avancer, mais si difficile que cela en devient risible. Je me surprend même à rire… je pense à Jean-Claude Van Damme et aux molécules d'air dont il parlait dans une interview…Ha ! là je peux dire que je les sens les molécules !

je suis coiffé en arrière pour le mois ! pour ceux qui connaissent, c'est exactement la même sensation que la descente tout schuss d'une piste rouge.

montée après Huntto
Là on se rend mieux compte de la montée...

Avec des hauts et des bas côté moral, et après une montée à travers les monts herbeux (ou ce qu'il en reste car les moutons sont passés par là…), j'arrive ému à la vierge de Bakori où je fais un arrêt photo. Et déjà des papiers de prière ou autre sont suspendus ou posés (comme j'en rencontrerai désormais tout au long du chemin)- Dans ce silence, cette vierge vous regarde, et on a presque l'impression qu'elle va vous parler. C'est un sentiment étrange.

vierge de Bakori
La superbe vierge de Bakori (en bordure du chemin)

Je passe le col de Benarte (1344m), lieu de toute les légendes (d'abord Romaine, puis Charlemagne et le fameux Roland, jusqu'aux épisodes de la dernière guerre avec les résistants et la Gestapo…).

Le texte qui se trouve sur la stèle posée en 1999 (à l'occasion de l'année Compostelane) est à lire ici

Après la fontaine de Roland c'est très agréable (enfin ! ) sur quelques kilomètres. On arrive en sous-bois. J'ai oublié de dire que je venais d'entrer en Navarre. D'un coup, le paysage change subitement. Des monts tondus par les brebis, les chevaux sauvages et le vent, la montagne devient forêt. Heureusement car le vent n'empêche pas le soleil de commencer à chauffer dur. Il est environ 10 h, et j'entame une agréable ballade. Je passe le col de Leopoder sans même m'en rendre compte. Et la délivrance arrive enfin, car j'aperçois en bas dans la vallée, ce que je devine être Roncevaux. A partir de là c'est une descente sans fin dans la forêt (il y a deux chemins possible, la forêt, déconseillée par mauvais temps, et la route). Enfin je ne souffle plus. Un délice, mais pas pour les amortisseurs ! les genoux dégustent. La descente sévère durera une heure à travers bois, donc à l'abri du soleil qui doit taper dur à ce que j'en ressent lors de brefs passages en zones découvertes. Il est 12h. (Comme pour la montée, j'apprendrai plus tard que dans ce cas il faut descendre doucement…Donc la règle à retenir, quand on monte on fait de petits pas et on va doucement, et quand on descend c'est idem…)
D'un coup, le paysage change subitement. Des monts tondus par les brebis, les chevaux sauvages et le vent, la montagne devient forêt. Heureusement car le vent n'empêche pas le soleil de commencer à chauffer dur. Il est environ 10 h, et j'entame une agréable ballade. Je passe le col de Leopoder sans même m'en rendre compte. Et la délivrance arrive enfin, car j'aperçois en bas dans la vallée, ce que je devine être Roncevaux. A partir de là c'est une descente sans fin dans la forêt (il y a deux chemins possible, la forêt, déconseillée par mauvais temps, et la route). Enfin je ne souffle plus. Un délice, mais pas pour les amortisseurs ! les genoux dégustent. La descente sévère durera une heure à travers bois, donc à l'abri du soleil qui doit taper dur à ce que j'en ressent lors de brefs passages en zones découvertes. Il est 12h. (Comme pour la montée, j'apprendrai plus tard que dans ce cas il faut descendre doucement…Donc la règle à retenir, quand on monte on fait de petits pas et on va doucement, et quand on descend c'est idem…)

Roncevaux
Au loin, Roncevaux !

J'arrive seul près de l'Abbaye de Roncevaux vers 13h. Des enfants d'une école primaire rejoignent leur bus. De loin, j'entends la maîtresse dire "peregrino !" en me montrant du doigt. Il faut dire que l'Espagne respecte beaucoup les pèlerins, même à notre époque, alors qu'en France on les regarde souvent bizarrement.
C'est un grand moment pour moi ! Tout à coup je deviens un personnage de légende tout droit sorti du moyen-âge. En tout cas c'est l'impression que je ressent. Je suis le centre d'intérêt de toute une ribambelle de bambins enthousiastes. Je n'irai pas jusqu'à dire que je bombe le torse, mais j'en suis pas loin ! j'ai une image à préserver ! Ils m'assaillent et se font une joie de me dire bonjour en Français, Espagnol , Anglais..au grand plaisir du professeur. Il est à peine 13h.

Roncevaux car scolaire
Au loin, Roncevaux !

Je n'ai pas envie de m'arrêter là. J'ai n'ai pas entendu que du bien de l'Abbatiale. Aussi, après un passage aux bureaux pour faire tamponner mon crédential, je prend la direction de Burguette distante d'à peine 3km. Je désenchante dès mon arrivée car j'apprends de la bouche du boulanger qu'il n'y a pas d'auberge ici…(enivré par mon enthousiasme, j'ai oublié de regarder la liste…) . Il y a bien un hôtel, mais je vais pas commencer à griller mon argent. Et puis, si j'ai emmené une tente, c'est pas pour rien… L'ami Gérard (un autre Gérard), que j'ai retrouvé à Burguette, s'est fait avoir aussi…il repart pour Roncevaux… Quant à moi, après un passage à l'épicerie qui est fermée (elle n'ouvrira qu'à 16h, comme souvent en Espagne ), je pars à la recherche d'un pré … des prés et des vaches !

A cette heure, il n'y a pas grand monde dans les rues ou dans les champs…en suivant les flèches jaunes, un peu à la sortie de Burguette il y a une immense ferme, mais je ne vois personne. Je m'assois sous un arbre face aux hangars. C'est pas encore la sieste, mais ça me repose. Je n'ai pas le cœur à dormir car des vaches sont ici en liberté à tout juste 50m.

vaches à Burguette
Pas très rassuré, des vaches en liberté...

Peut-être une heure ou deux plus tard, j'aperçois un Range Rover qui s'apprête à sortir d'un champ…Je me précipite et dans un Espagnol plus qu'approximatif je me lance : "…propriétario ?" - Si - Yo vole usted me acuerdo poner una tienda en un campo para aqui ? -Si-Si,et il me montre un champ…

Quoi ? mais il y a plein de vaches ! hé senior ! las vacas, son aqui para la noche ??? No - No…buzz buzz (ça c'est ce que je ne comprend pas…). Le Range Rover repart, s'arrête 10m plus loin…je le rejoint. Il m'explique (à ce que j'arrive à comprendre) qu'il ne faudra pas que je plante de piquets (comme si j'allais abîmer ce champ qu'il doit prendre pour une pelouse ! - à mon avis, et je ne sais pas pourquoi, il doit commencer à regretter de m'avoir dit oui…) - Il redémarre, 10m, et fait marche arrière ! Il m'explique enfin, qu'un peu plus loin sur la derecha, il y a un champ où les vaches ne vont jamais…(il m'a peut -être envoyé chez son voisin le petit malin ?…).

Juste avant je reviens au village au Félix Potin du coin pour acheter, devinez ? 2 bananes, 2 pommes, une orange et un bout de Gruyère (Président s'il vous plaît !) . Je descends à nouveau vers le pré. J'inspecte les lieux. Effectivement, il y un ruisseau assez profond et assez large pour empêcher le passage d'animaux. Je trouve un bon emplacement, un peu à l'écart, car le village est à peine 100m et quelqu'un pourrait me voir (le camping et le bivouac sont interdit en Espagne…et je ne sais pas si ce champ appartient vraiment au gars rencontré tout à l'heure...).

Avant que la nuit ne tombe, j'en profite pour manger un morceau…Pas de chance, mon excellent couteau me fendille la pulpe du pouce en coupant le saucisson, alors qu'il l'a juste touché. Ça saigne vite, une vrai lame de rasoir de foutu couteau ! (bon, vous me direz, je l'ai aussi acheté pour ça …) - Et allez…je sors ma pharmacie, mon carré spécial suture - j'ai TOUT prévu ! ;-))) Pour tout arranger, je viens de m'apercevoir que j'ai attrapé un coup de soleil au bras gauche (normal, sur le Camino, on ne bronze que d'un seul côté ).

etape suivante

Vidéo la marche aux étoiles

Avec l'aimable autorisation de Yvon Boëlle.

Présentation de l'exposition "Compostelle, la marche aux étoiles" réalisée par l'Académie de Musique et d'Arts Sacrés de Sainte-Anne d'Auray et le photographe Yvon Boëlle sur ses 15 années de reportage sur les chemins de Compostelle de France et d'Espagne.